La consommation en zone commerciale tue aujourd’hui à petit feu les centre-villes. Désert de consommation, espaces délaissés, dévitalisation. Les qualificatifs pour parler des centre-villes périurbains et ruraux ne manquent pas. Comment lutter contre cette consommation en zone commerciale ?

Consommation en zone commerciale, pas d’alternatives ?

Pressins, samedi 22 décembre 2018, 14h30. Ma grand-mère, dans son infinie sagesse, me demande de l’emmener faire ses courses de Noël. Société de consommation, quand tu nous tiens.
Malgré le timing délicat, cela reste une excellente idée pour passer un peu de temps avec elle et la sortir un peu de sa solitude. Elle habite seule en maison de campagne et ne peut plus utiliser sa voiture. Hop, direction le centre-ville de Pont-de-Beauvoisin.

Beaucoup de voitures peu de commerces
Centre-ville de Pont-de-Beauvoisin : beaucoup de voitures, peu de commerces © Tanguy Petit

La ville était autrefois la capitale du meuble, comme le témoigne certains bâtiments, vestiges d’un passé faste. Dans ma jeunesse, la ville fourmillait d’activité et aujourd’hui, je traverse un désert.

Jamais je n’ai appris qu’il y avait un désert en Nord-Isère. Pas de chameaux, beaucoup d’humidité. J’ai toujours considéré ce coin de France comme extrêmement chanceux, de par la proximité de 3 grandes agglomérations. Mais un désert n’est pas toujours uniquement représenté par l’Université Lyon 2 un samedi matin. Il représente aujourd’hui une ville que j’ai fréquenté et qui peine à conserver ses commerces. Suite aux indications de mamie Rose, je me dirige donc vers la zone industrielle.

Un détournement des capitaux locaux

A la recherche des commerces perdus

Et c’est ici que je les vois. Tous les commerces qui ont disparu du centre-ville sont aujourd’hui regroupés sous une grande enseigne. Comme quoi, toute l’économie n’est pas partie, me voilà soulagé. Quel plaisir de traverser cette grande surface démesurée, défigurant une périphérie jadis agréable et verdoyante. La situation de Pont-de-Beauvoisin est une représentation parfaite d’une problématique territoriale actuelle : les « camps de consommation ».

Remplacer les commerces par un seul supermarché
Remplacement des maraîchers, du traiteur et du boulanger par un hypermarché © Pixabay

En 2018, 65% des achats sont réalisés en périphérie. On prévoit que ce chiffre atteindra 75/80% dans 15 ans. D’ailleurs, la tendance du développement de zones commerciales n’est pas à la baisse. On a programmé 204 700m2 de centres commerciaux et 307 000m2 de parcs commerciaux en 2018. Aujourd’hui, notre France « offre » à ses citoyens 2.000 hypermarchés et 10.000 supermarchés. Sympa. Franck Gintrand calcule ainsi augmentation de 500 hypermarchés et 5.000 supermarchés par rapport à 2008.

La consommation au bénéfice d’inconnus, beau projet de vie

Peut-être que j’ai peur pour rien. Ma grand-mère me rabat les oreilles que le supermarché de Pont, il est là depuis longtemps, peut-être même plus que certains commerces du centre-ville. Et avant lui étaient présents des magasins de meubles, déjà en périphérie.

Si les périphéries ont toujours été une porte d’entrée urbaine propice à la publicité, l’accentuation de ce phénomène est récent. Nous le devons à notre ancien ex-ministre Nicolas Sarkozy (2007), qui invoquait la hausse du pouvoir d’achat pour développer les centres commerciaux.

centre commercial en zone artisanale de pont de beauvoisin
Un hypermarché pour une hyperconsommation © Tanguy Petit

Une fois élu président,  cette tendance, courageusement baptisée « guerre des prix » est encore plus mise en avant. Sur le papier, l’équation est simple : on a plus de choix, dans plus de supermarchés. Ce qui induit forcément une baisse des prix par une « libéralisation totale de la grande distribution » (autre terme pour « écran de fumée »).

Mais, est-ce que nous, consommateurs, ressortons gagnants ? Produits moins chers, donc moins de marges et moins d’argent dans la poche des actionnaires ? Et non, raté.  Grâce la France du petit Nicolas, on met en place une réduction des restrictions sur l’installation de nouveaux établissements,  d’aménagements législatifs pour la grand distribution et de réduction de libre concurrence. Au final, on les prix baissent mais les margent se font toujours sur le des producteurs et consommateurs.

Lutter contre la consommation en zone commerciale

Une fréquentation folle pour du greenwashing

42 millions de passants au centre commercial des Quarte Temps à la Défense et 35,6 à la Part-Dieu à Lyon en 2017. Le Musée du Louvre a été traversé par 8,1 millions de personnes en 2017. Le temple de la culture française DisneyLand Paris n’ été fréquenté « que » par 16 millions de personnes.

On entend dire que les centres commerciaux permettent de redynamiser les centres, mais c’est faux. En 2016 en France, 90% des projets de centre commercial se situent en périphéries (banque des territoires, 2016), et se placent donc comme des concurrents directs aux commerces de centre-ville.

Centres commerciaux : lieux les plus fréquentés de France © Burst

Ces chiffre sont alimentés de fausses promesses : l’attractivité, le dynamisme et les emplois induits par la génération de zone commerciale. Ces créations ex nihilo sont réalisées en opposition aux centres-villes, qui perdent systématiquement : des emplois, du dynamisme et de l’attractivité. On choisit de tuer ces commerces, plus petits mais également plus nombreux.

Les promoteurs vont également se présenter devant les élus avec des projets « écologiques ». Espaces boisés, toitures végétales. Ce n’est qu’une stratégie de greenwashing afin de faire croire qu’une zone commerciale, ce n’est pas que du béton. Comble du paradoxe, on en arrive aujourd’hui à naturaliser une artificialisation des terres.

Des espaces accessibles en… voiture 

Ce qui est logique reste logique : les zones commerciales de périphérie de ville se situent toujours … en périphérie. Vous me voyez arriver avec ma théorie sur l’exclusion sociale. Exemple : un habitant du centre-ville n’a pas de voiture. A Pont-de-Beauvoisin, une personne sur trois se trouve sans moyens de déplacement motorisé ou collectif. Avant, on pouvait aller chez son boucher et son boulanger à pied, et se faire coiffer presque en bas de chez soi. Aujourd’hui, sans aide extérieure (souvent familiale), cette population ne peut plus faire ses courses. La périphérie est loin et non desservie par des transports en commun.

Etalement urbain commercial en périphérie
Des espaces périphériques immenses, aucune solution de mobilité © Wikimedia Commons

Aujourd’hui, on dépossède une ville de son dynamisme, de sa vitalité pour l’injecter dans une zone commerciale. On déverse les capitaux depuis des acteurs locaux vers des actionnaires qui ne paient pas leurs impôts sur le territoire. Et pire que tous, on dépossèdes des habitants de services, sans leur offrir de solution.

Réduire l’exclusion : de meilleurs déplacements pour une meilleure consommation

Une piste de solution ? Toujours la même. La question des déplacement se retrouve une fois de plus au cœur des problématiques de territoire. Il est aujourd’hui essentiel de se déplacer pour consommer et vital d’acheter une voiture pour aller faire ses courses en milieu périurbain. Il est indispensable de consommer pour aller consommer. L’absence de solutions adaptées aux espaces ruraux et périurbains en terme de mobilité cristallise ainsi des problématiques plus larges.

Toutefois, tout n’est pas qu’une question de mobilité. 1 client sur 2 n’as pas d’idée d’achat précis en se rendant en zone commerciale. On estime à 146€ de budget mensuel moyen hors alimentaire dans les centres commerciaux. Tant d’argent qui ne va pas directement aux producteurs ou commerçants locaux. Mais la volonté de changement est présent étant donné que, 54% des français souhaitent des halles alimentaires et des produits artisanaux.

Ainsi, beaucoup trop de déplacements sont induits par ces pratiques. Il est nécessaire de réfléchir à notre consommation. Surtout, il est vital de lutter contre l’exclusion en offrant aux personnes démunies en terme de transports des solutions pour se déplacer. On aimerait dire stop à la consommation en zone commerciale. Il est temps de changer : mieux se déplacer aujourd’hui, pour mieux consommer demain.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *