Un péage urbain alternatif répond aux mêmes problématiques qu’un péage urbain, mais avec une volonté de développer en parallèle des solutions durables. C’est un outil qui permet de réguler le trafic tout en réduisant les émissions de gaz à effets de serre (GES).

Péage urbain alternatif, ça roule ?

Lyon, mardi 15 janvier 2019, 7h48. En quittant le centre-ville en voiture, je me retrouve inéluctablement dans une situation qui m’exaspère tout particulièrement : les bouchons lyonnais. Pas de saucisson brioché ce matin, mais des kilomètres de congestion pour sortir de la capitale des Gaules. A Lyon, une problématique récurrente est soulevée lorsque qu’on l’on évoque l’A43 : les embouteillages.

Chaque jour, un flot continu de véhicules embrasse un bitume aussi gris que le brouillard hérité de la campagne environnante. Tous les matins au volant sont exprimées des milliers de grossièretés envers d’autres usagers, qui réitèrent ces grossièretés envers d’autres usagers. Toujours plus d’automobiles, et toujours si peu de solutions.

Un outil pour atténuer l’automobilité en centre-ville

L’« innovation » pour ralentir l’usage de l’automobile

Depuis novembre 2018, il m’est impossible de faire ma veille quotidienne sans tomber sur un article découlant de la loi LOM. Le projet de Loi d’Orientation des Mobilités (loi LOM) présenté en novembre au conseil des ministres offre aux grandes villes la possibilité de mettre en place un péage urbain. Dans une optique de réduction de la congestion et des émissions de GES, un « nouvel » outil est proposé par Elisabeth Borne, ministre chargée du transport : le péage urbain.

Dans mon imaginaire, les trois sociétés (privées, bien entendu) responsable des autoroutes de France (Vinci, Eiffage et Abertis) réalisent 97 % de leur chiffre d’affaires grâce aux péages. Un marché de 10 milliards d’euros. Sachant que près d’une personne sur sept habite dans une ville de plus de 100 000 habitants, je suis sceptique quand à voir arriver de nouveaux péages dans les grandes villes françaises.

Péage sur autoroute pour voitures et camions
Péage autouroutier français actuellement en place © Cerema

Pour commencer, une question me chauffe l’esprit : qu’est-ce qu’un péage urbain ? Normalement, le principe est simple comme bonjour : les automobilistes doivent régler une taxe en arrivant dans une zone réglementée. La loi autorise les villes de plus de 100 000 habitants à mettre en place un péage. Quant au prix, ce sera l’Autorité Organisatrice de Mobilité locale qui aura pour charge de le définir. Pas de panique, la loi prévoie quand même un plafond de 2,5€, pouvant être multiplié par 2 pour les villes de 500 000 habitants. Petite comparaison avec de l’existant : Londres a mis en place un péage urbain en 2003, et le tarif actuel pour entrer dans The Old Smoke s’élève à une somme « dérisoire » de 11€ par jour par automobile !

Des villes congestionnées, mais qui paye le remède ?

Lyonnais depuis une demi-douzaine d’année, je me rends compte quotidiennement de l’importance du trafic routier quotidien. Le calculateur de taux de congestion TomTom Traffic Index indique que les villes les plus embouteillées de France sont Marseille (40%), Paris (38%) Lyon (29%) Lille (22%). Il est de plus en plus nécessaire de lutter contre ce phénomène. Et les exemples ne manquent pas. Londres, Stockholm, Singapour, Rotterdam: nombre de villes ont mis en place cet outil pour « aérer » leurs centres.

Voitures bouchon au feu rouge quais Lyon
Le fameux « bouchon lyonnais » à l’heure du petit déjeuner © Tanguy Petit

La question est ici de savoir qui paye les trajets, et pourquoi. L’exemple  londonien nous apprend que le péage n’est pas une solution parfaite, vu que les entreprises en sont réduites à payer pour leurs employés, ne garantissant aucun report modal. Par ailleurs, de nombreuses critiques se soulèvent en indiquant que les gens prennent juste l’habitude de payer. Et plus on a de moyens, plus on accède au centre sans problèmes économiques.

L’idée est donc de recourir à un modèle de péage urbain alternatif. Un outil que ne fasse pas de l’ « écologie punitive » contre les bas revenus mais qui soit équitable. Ainsi, Londres offre une réduction de 90% du coût pour les habitants de la zone, et exonère les voitures électriques, cars et taxi. De son côté, la Norvège propose un péage destiné à entretenir les voies de circulation : l’usager paye pour son usage.

London congestion charge : péage urbain de la ville de Sherlock Holmes © Wikimedia Commons

Je m’interroge donc : est-ce que le péage urbain alternatif ne serait pas une solution intéressante ? En effet, c’est une opportunité d’imposer une réduction de l’usage automobile tout en développant des alternatives.

Vers un péage urbain alternatif pour une mobilité plus soutenable

Les conditions d’un bon péage urbain

Dans ma grande expérience de payeur d’impôts, je commence naturellement à me poser la question : pourquoi un péage ? Il s’agit de ne pas se tromper et de réaliser un outil équitable qui réponde à de réelles problématiques. Cet outil doit également aboutir à de vraies réflexion autour de nos mobilités. Prenons exemple de Singapour. Les coûts de péage sont calculés tous les mois en fonction de la fréquentation. De plus, le gouvernement à mis un place un plan de mobilité pour développer les solutions alternatives.

Tramway et modes alternatifs
Différents usages de modes de transport en ville © Tanguy Petit

En France, la Métropole Européenne de Lille étudie actuellement la mise en place d’un péage inversé. L’idée est de cibler des automobilistes réguliers dans les bouchons. Quand ils changent de mode de déplacement, on les rémunère en fonction du nombre trajets évités. Ces trajets sont calculés sur la base de l’installation d’un GPS dans la voiture. Rotterdam possède le même système et offre ainsi 3€ par trajet dévié.

Enfin, prenons un exemple de solution équitable : le péage urbain alternatif de Stockholm. Après une période test, les habitants de la ville de Stockholm se sont exprimés par référendum : plus de 51% étaient en faveur de la mise en œuvre du péage de congestion. Le tarif du péage varie entre 1,20 et 3,60 € environ selon les heures de la journée. Par ailleurs, la mise en place du péage a drainé une nouvelle clientèle vers les transports en commun, qui se sont développés. Et pour parler chiffres : entre 2005 et 2016, Stockholm a gagné 22% de population. Pendant ce laps de temps, elle a diminué de 30% les véhicules et d’un tiers les retards liés à congestion. Diminuer le nombre de véhicules au quotidien, développer les transports en commun. Suffisant pour donner de bonnes idées à la France ?

Exemple de péage à l'international
Péage urbain alternatif de Stockholm  © Wikimedia Commons

Un prétexte idéal pour développer de nouvelles alternatives à la voiture individuelle

Toutes les cartes sont là, devant nous. Scénario digne des meilleurs RPG : il faut choisir parmi deux chemins. Le premier est sombre mais facile à emprunter. Il mène vers un péage urbain classique qui se limiterait à faire payer pour limiter les usages. Le second est plus brillant, mais plus dangereux. Celui-ci mène vers un réel développement des solutions alternatives à l’autosolisme, tout en « donnant un coup de pouce » afin de déclencher des changements de comportements.

En 2019, nous avons (enfin !) compris que notre mobilité est loin d’être soutenable, et qu’il est urgent de changer nos comportements. Toutefois, la recette du changement comprend deux ingrédients essentiels. Il faut accompagner, communiquer et surtout offrir des solutions efficaces. C’est un travaille sur deux axes : le péage urbain alternatif en lui-même et ses alternatives. Ainsi, Rome propose des modulations de ses tarifs selon les revenus. Est-il nécessaire de ne pas taxer les taxis, véhicules électriques, résidents ou covoitureurs, qui participent également à la congestion et à la pollution ? Tout est ici question d’arbitrage et de négociation.

Péage urbain de Rome : Zona Traffico Limitato  © Mario Roberto

La solution impérative à la mise en place d’un tel outil est le développement d’alternatives. L’idée de péage urbain alternatif rejoint les tendances politiques actuelles : sortir du tout voiture. Progressivement certes, mais en proposant des nouvelles solutions ou un développement des alternatives actuelles. Se dirige-t-on vers des voitures autonomes partagées ? Est-ce le moment pour mettre en avant l’utilisation du vélo ? Il est surtout l’heure de développer nos solutions et nos offres de transport collectif.

Le péage urbain alternatif est-il une solution ? La hausse du coût de la voiture indicielle polluante est irréversible, et des évolutions technologiques ne nous sauveront pas. Est-ce le moment de se poser la question si la mobilité du futur est celle que l’on évite plutôt que celle que l’on reporte ?


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